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Rachad ANTONIUS
Sociologue,
professeur, Département de sociologie, UQÀM
(2007)
Ce que doit inclure un projet de mémoire ou de thèse
VERSION
DU 26 JUILLET 2007
Un document
produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole,
professeur de
sociologie au Cégep de Chicoutimi
Courriel: jean-marie_tremblay@uqac.ca
Site web
pédagogique : http://www.uqac.ca/jmt-sociologue/
Dans le cadre de:
"Les classiques des sciences sociales"
Une bibliothèque
numérique fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay,
professeur de
sociologie au Cégep de Chicoutimi
Site web: http://classiques.uqac.ca/
Une collection
développée en collaboration avec la Bibliothèque
Paul-Émile-Boulet
de l'Université du Québec à Chicoutimi
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Politique d'utilisation
de la bibliothèque des Classiques
DE MÉMOIRE OU DE THÈSE.
Composante
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Fonction
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Le titre
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Plus
important qu’on ne le pense. Doit aider à voir tant l’objet que
l’orientation. Un titre spécifique est généralement une bonne chose.
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L’introduction
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Orienter
la lecture du projet vers ce qui est essentiel, peut-être indiquer le point
de départ, ainsi que l’objectif de l’auteur-e.
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L’objet de la recherche
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Il
permet de circonscrire un objet, soit un ensemble de processus sociaux sur
lesquels on souhaite se pencher. La dimension sociologique de la recheche
doit déjà émerger, par la façon utilisée pour délimiter l’objet de la
recherche.
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La problématique
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Elle
répond à la question : où est le problème ? Pourquoi cette
recherche est-elle intéressante ?
Il s’agit donc d’un ensemble de questions connexes dont les liens
et démontrent la pertinence de la recherche proposée du point de vue du
savoir ainsi que du point de vue social. C’est pour cela qu’on parle de
problématisation. C’est cela qui fait tout l’intérêt de la recherche. La
problématique contextualise l’objet
et lui donne sa profondeur conceptuelle.
Par exemple, la même question de recherche sur le lien entre immigration et
travail peut être problématisée à partir d’une réflexion sur les transformations
du travail, et sur la place de la migration dans ces processus, ou alors à
partir d’une réflexion sur la migration, et la place des modalités de
l’emploi et de l’accès à l’emploi dans le processus migratoire. La
perspective sera différente. Le type de réponse qu’on fera, les liens qu’on
établira entre processus sociaux divers seront différents selon qu’on énonce
la question à partir d’une problématique du travail ou de celle de la
migration.
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La question générale
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Elle
circonscrit la problématique pour orienter vers une question spécifique de
recherche. C’est l’aboutissement de la problématique vers une question qui
englobe peut-être une large classe de cas.
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La question spécifique
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C’est
sur elle que la recherche porte directement, mais elle s’inscrit dans des
préoccupations plus larges (celles de la question générale et de la problématique)
qui donnent à la question sa profondeur et sa pertinence. La métaphore de l’entonnoir est souvent évoquée
pour expliquer la progression de la présentation d’un projet de recherche, en
partant de la spécification de l’objet de recherche (plutôt large), en
passant par la problématique qui le circonscrit graduellement, pour aboutir à
une question générale de recherche (plus circonscrite que l’objet de recherche,
mais encore trop large pour une recherche unique) et enfin la question
spécifique qui porte sur un cas, une situation concrète.
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La revue de littérature
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Elle
vise à faire le bilan de ce que l’on sait déjà sur la question de recherche.
Elle est analytique dans la mesure où elle ne consiste pas à faire une liste
des auteurs et de leurs idées, mais plutôt à identifier des tendances, des
orientations, et discutant les conséquences des choix qui fondent ces
orientations, en mettant les auteurs en dialogue entre eux, et en soumettant
leurs idées et leurs travaux à la critique. Elle démontre que l’on sait ce
qui a déjà été fait, de façon à aller un peu plus loin. Évidemment, dans un projet de mémoire la revue de
littérature est plus limitée que lorsqu’il s’agit d’un projet de thèse de doctorat. Dans ce dernier cas elle
est plus poussée, plus pointue.
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Le cadre conceptuel et
théorique
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Il
s’agit de spécifier les concepts sur lesquels nous allons nous fonder pour
approcher notre objet, de les définir, de préciser les limites de nos
définitions. Le cadre théorique consiste à énoncer les liens qui relient les
concepts sur lesquels on fonde notre démarche de recherche. Il spécifie,
parmi les différentes approches que l’on retrouve dans la littérature, celle
que nous allons utiliser. Donc le cadre théorique inclut, en plus des
concepts, des relations entre ces concepts.
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Les hypothèses
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Ce
sont des réponses temporaires, à vérifier, aux questions de recherche posées.
Elles orientent la recherche dans leur direction. Dans la recherche
quantitative, la formulation des hypothèses et leur vérification suivent des
règles très précises. Leur invalidation a une plus grande valeur de savoir
(nous avons trouvé de bonnes raisons de les rejeter) que leur validation
(nous n’avons pas de preuves, mais nous n’avons pas de bonnes raisons de les
rejeter). Dans la recherche qualitative, les hypothèses sont des pistes de
recherche. Démontrer une hypothèse, c’est montrer sa cohérence avec les
données observées et sa valeur heuristique, c’est-à-dire qui nous aide à
faire des découvertes et à mieux comprendre les phénomènes observés. Les épistémologues
distinguent les hypothèses de recherche (formelles, et à démontrer ou
rejeter) des hypothèses de travail, qui se développent sur la base des
données recueillies et qui ont une valeur heuristique pour l’interprétation.
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La méthode préconisée
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Cette
composante du projet est plus concrète : comment allons-nous nous y
prendre pour répondre à la question de recherche ? Quel type
d’informations empiriques allons-nous chercher ? Où allons-nous les chercher ? Auprès
de qui ou de quoi ? En posant quelles questions ? Sous quelle
forme ? Questionnaires ou entretiens dirigés ou semi-dirigés ?
Données d’archives ou d’enquête ? Quel échantillon ? Analyse de discours ?
Comment ? Analyse d’un courant intellectuel, d’un auteur ? Selon
quelles perspectives ? Bref, tout ce qu’on met en place avant de se lancer
dans la recherche de l’information que nous souhaitons interpréter, et
quelques indications sur la façon de s’y prendre pour analyser et interpréter
ce que nous aurons trouvé.
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La bibliographie
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La
liste des ouvrages et des pages web consultés ou cités.
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Le plan provisoire
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Il
s’agit ici de prévoir les diverses parties du mémoire, pour être sûr que rien
n’aura été oublié, et pour prévoir aussi l’étendue et l’importance des
diverses parties qui composent le mémoire. Ce plan changera fort probablement lors
de la réalisation du mémoire.
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L’échéancier
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Il
vaut mieux le faire sur le mode du compte à rebours : pour remettre un
mémoire à telle date, quelles sont les opérations nécessaires ? (Ne pas
oublier le temps dont le directeur ou la directrice ont besoin pour le lire…)
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et de la problématique
à votre question de recherche
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Jean-Marie Tremblay,
sociologue
Fondateur et
Président-directeur général,
LES CLASSIQUES DES SCIENCES
SOCIALES.
Cette édition
électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de
sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :
Rachad
ANTONIUS
CE QUE DOIT INCLURE UN PROJET DE MÉMOIRE OU DE THÈSE.
Montréal : Département
de sociologie, UQÀM, version non définitive du 26 juillet 2007, 8 pp.
[Autorisation
formelle accordée par l’auteur le 10 mai 2008 de diffuser cet article dans Les
Classiques des sciences sociales.]
Polices
de caractères utilisée :
Pour
le texte: Times New Roman, 14 points.
Pour
les citations : Times New Roman, 12 points.
Pour
les notes de bas de page : Times New Roman, 12 points.
Édition
électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2004 pour
Macintosh.
Mise
en page sur papier format : LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’)
Édition
numérique réalisée le 25 mai 2008 à Chicoutimi, Ville de Saguenay, province de
Québec, Canada.
Éléments
Le titre
L’introduction
La spécification
de l’objet de la recherche
La problématique
La question
générale et la question spécifique
La revue de
littérature
Le cadre
conceptuel et théorique
Les hypothèses
La méthode
préconisée
Le plan provisoire
La bibliographie
L’échéancier
Rachad Antonius
CE QUE DOIT INCLURE UN PROJET
Montréal : Département
de sociologie, UQÀM, version non définitive du 26 juillet 2007, 8 pp.
Il faut faire la distinction entre deux phases du
développement d’un projet de recherche. La phase la plus importante est une
phase de découverte. Elle est inductive, elle n’est pas linéaire, elle consiste
en un va-et-vient entre les diverses composantes d’un projet de
recherche : la problématique, la
revue de littérature, les hypothèses, etc. L’autre phase est celle de la
présentation : on présente le projet dans un document, dont le
raisonnement est linéaire, et on passe de l’objet de recherche, à la
problématique, puis aux questions spécifiques, etc. Cette deuxième phase est
celle qui permet de soumettre le projet à l’examen critique, mais il ne faut
pas penser que le projet se conçoit et s’écrit dans l’ordre linéaire où il est
présenté.
L’ordre de présentation des diverses parties n’est
pas unique. Il varie en fonction des caractéristiques de l’objet de recherche.
Quand les termes dans lesquels on pense un projet sont parfaitement clairs, et
qu’il s’agit de répondre à la question en cherchant des informations
empiriques, on peut énoncer une question
de recherche dès le début, et ensuite développer une problématique et voir ce
qu’en dit la littérature. Pour les sujets qui sont un peu plus abstraits ou
théoriques, la question de recherche ne peut être énoncée clairement qu’après
que la problématique ou même la revue de littérature aient été
développées : c’est en fonction de ces développements qu’on en vient à
identifier de façon pointue une question qui découle de cette problématique. Le
critère principal doit rester l’exigence de rigueur et de clarté du propos. Si
on peut justifier la façon dont les diverses parties sont organisées, et que
cela a du sens, alors l’ordre des parties est défendable.
Il y a une différence importante entre un mémoire de
maîtrise et une thèse de doctorat. Outre la dimension et le temps requis pour
les réaliser, un mémoire de maîtrise démontre que son auteur-e maîtrise les
concepts, les théories, et les données empiriques nécessaires à la discussion
de son objet de recherche, et sait comment procéder à une recherche. Les
exigences d’une thèse de doctorat sont plus poussées : il s’agit d’innover
dans le savoir. D’éclairer des phénomènes qui étaient peu étudiés ou mal
compris. De démontrer qu’une perspective qui n’a pas été appliquée à cet objet
permet de mieux le comprendre que d’autres perspectives déjà utilisées. De
creuser un aspect théorique. De l’appliquer à de nouvelles situations concrètes
et d’obtenir et d’analyser de nouvelles données empiriques. Et la liste des
possibilités n’est pas complète…
Les divers éléments ou composantes d’un projet de
recherche sont les suivants.
Éléments
Le
titre
L’introduction
La
spécification de l’objet de la recherche
La
problématique
La
question générale et la question spécifique
La
revue de littérature
Le
cadre conceptuel et théorique
Les
hypothèses
La
méthode préconisée
Le plan provisoire
La
bibliographie
L’échéancier
Il est entendu qu’on peut regrouper certains de ces
éléments en fonction du raisonnement que l’on développe pour exposer le projet,
tel qu’expliqué plus haut. Par exemple, la problématique, la question générale
et la question spécifique pourraient former une composante unique d’un projet
de recherche. Voici quelques commentaires sur chacun de ces éléments.
Des détails additionnels sur ces éléments se
retrouvent dans les paragraphes qui suivent.
L’objectif de cette section d’un projet de recherche
est de formuler de façon concise et claire une thématique de recherche, et un
sujet particulier. Il ne s’agit pas de développer la question de recherche, ni
d’élaborer la problématique : ceci sera fait plus tard. La thématique est
large. Il faut souligner ce qui constitue réellement l'intérêt de cette
thématique, et à l'intérieur de cette thématique, ce qu'est le sujet particulier
qui vous intéresse (sans nécessairement avoir une question précise). C'est en
quelque sorte un embryon de problématique. La thématique ne doit pas être trop
vague, et doit déjà orienter l’attention sur ce qu’il y a d’intéressant dans le
sujet. La pertinence sociale de cette thématique et du sujet doit ressortir :
pourquoi cela vous intéresse ? sous quel angle ? La pertinence
scientifique ne pourra pas être vraiment démontrée, car elle requiert un développement
plus important, qu’on verra dans la problématique et surtout dans la revue de
la littérature. Il est bon de préciser déjà à cette étape les limites temporelles
et spatiales de l’objet. Par exemple, si on veut étudier les processus
d’ethnicisation dans les écoles, il faut préciser le lieu : est-ce qu’on
parle du Québec ? du Canada ? des sociétés occidentales ?
Pendant quelle période ?
La question de
recherche. En partant du choix de sujet et de la
thématique, essayez d’être plus spécifique : À quelle question voulez-vous répondre
? Il faut commencer avec une question assez générale, assez large. Mais pour
développer cette question et mieux expliquer son sens, il vous sera nécessaire
d’expliquer le contexte dans lequel la question se pose. Ceci vous amènera
peut-être à définir les concepts fondamentaux que vous allez utiliser
(définition au sens restreint : que désignent ces termes ? sans nécessairement
décliner toutes les propriétés associées à ces termes). Vous n’entrez pas dans
les détails des débats sur ces concepts : vous dites ce que VOUS entendez par
tel terme, sans avoir à discuter des acceptations alternatives pour le moment.
En développant votre question, vous allez montrer ses liens avec d’autres
questions, et cela vous permet d’en arriver à une question plus spécifique,
plus circonscrite.
En exécutant la démarche précédente, vous allez
mentionner quelques auteurs fondamentaux pour votre question : ceux dont vous
avez pris les définitions, ainsi que ceux qui vous ont inspiré les idées fondamentales
sur lesquelles vous vous appuyez. Il ne s’agit pas d’une revue de littérature :
cela viendra plus tard. Il s’agit de mentionner quelques références
fondamentales, et c’est à cela que le terme ‘orientation théorique’ correspond.
Le développement de la problématique, c’est l’insertion
de la question dans un ensemble d’autres questions, en montrant les liens entre
toutes ces questions. Cela pourrait être aussi l’explicitation du lien entre la
question et des interrogations plus larges, de nature plus théorique. Cela permet
de montrer quelle est l’interrogation fondamentale qui est en arrière de notre
question. Par exemple, pour prendre l’exemple des gangs de rues, la
problématique consisterait à montrer le lien entre cette question et d’autres
questions plus larges : la marginalisation des jeunes, les phénomènes
d’exclusion dus aux inégalités, etc. Dans ce cadre, on peut être amené à
définir les concepts et à faire le lien avec d’autres questions ou d’autres
théories.
En faisant cela, vous démontrez l’importance de la
question du point de vue de la connaissance du domaine étudié. C’est cela, la pertinence scientifique :
l’importance de la réponse que vous cherchez dans la construction de la
connaissance. La pertinence scientifique serait démontrée si on montrait que
son étude pourrait nous permettre de mieux comprendre tel autre aspect du
phénomène étudié.
Quant à la notion de pertinence sociale, c’est la réponse à la question : en quoi
votre question est intéressante du point de vue social ou politique ? Par
exemple, si on étudie le phénomène des gangs de rues, on dirait quelques mots
sur sa recrudescence ou non, sur ces conséquences connues sur les jeunes,
etc. : cela, c’est la pertinence sociale.
Quelques mots de plus sur le terme : ‘orientation théorique’. Ce terme renvoie à quelque chose d’un peu
plus vague que le terme ‘cadre théorique’. Un
cadre théorique, c’est l’ensemble des concepts fondamentaux et des
relations entre ces concepts qui sont à la base de votre façon de concevoir le
problème et de l’aborder. Si on dit qu’on veut avoir une approche marxiste
classique du pouvoir économique, par exemple, on va se référer à la notion de
classe, de rapport aux moyens de production, et on va essayer d’analyser
comment se structure la propriété des moyens de production, etc. Le cadre
théorique dans ce cas, qui serait la théorie de Marx, nous dit dans quels
termes on va aborder la question; avec quels concepts; en supposant quoi, comme
prémisses de notre démarche.
L’orientation
théorique est un peu moins spécifique. Si on dit
qu’on veut se référer au cadre d’analyse marxiste, sans aller dans le détail de
la façon de définir les classes sociales, par exemple, on est en train
d’indiquer quelle est l’orientation de l’approche, mais on n’est pas en train
d’expliciter le cadre théorique. C’est pour cela que je parle d’orientation. On peut faire le même
raisonnement avec une orientation fonctionnaliste : on peut dire qu’on va
prendre une approche qui s’inspire de Parsons, par exemple, en disant quel
concept principal on va utiliser, sans
aller dans les détails. En faisant cela, on indique l’orientation théorique,
mais on n’a pas encore exposé le cadre théorique, qui, lui, est plus spécifique
et plus détaillé.
La revue de littérature a pour objectif de faire le
tour de ce qui est connu sur votre question de recherche. Elle est plus ou
moins élaborée, en fonction de l’envergure de la recherche : la revue de
littérature d’un travail de session sera moins élaborée que celle d’un mémoire
de maîtrise, qui elle-même est moins élaborée que celle d’une thèse de
doctorat. La revue de littérature d’un projet de recherche présenté aux fins de
subvention doit être à la fine pointe de ce qui est connu, et faire référence à
des articles scientifiques, mais elle doit aussi être brève et synthétique.
Dans une revue de littérature, on fait l’inventaire
des faits empiriques pertinents, en citant les sources, de préférence
primaires. On fait aussi état des recherches précédentes, en soulignant les
perspectives utilisées pour aborder les problèmes, ainsi que les résultats obtenus
dans ces recherches. Quand on parle de revue de littérature analytique, on veut dire qu’il y a un
travail de lecture analytique de cette littérature qui est effectué. Ceci
signifie qu’on identifie des tendances théoriques qui ont un impact sur la
façon dont le problème est conceptualisé et éventuellement sur les résultats,
et on rattache les travaux des auteurs recensés à l’une ou l’autre de ces tendances.
La métaphore de l’entonnoir est utile pour
caractériser une revue de littérature : on commence par dire quelles sont
les grandes tendances théoriques qui structurent le champ étudié en général. À
mesure que l’on spécifie la question spécifique sur laquelle on veut travailler,
on cite des ouvrages plus pointus, qui abordent spécifiquement cette question.
Donc on part de questions larges et on avance en étant de plus en plus
spécifique et pointu. On souligne les concepts utilisés par les divers auteurs
et les tendances théoriques auxquelles ils se rattachent, on indique les
résultats auxquels ils parviennent, et on identifie les questions laissées
ouvertes ou les nouvelles questions qui se dégagent de ces recherches
antérieures. En faisant tout cela, on aura élaboré la pertinence scientifique
de notre question de recherche un peu plus que dans la section de la problématique
discutée plus haut.
On voit donc que la revue de la littérature se
développe, dans notre processus intellectuel de préparation de la recherche, en
parallèle avec le développement de la problématique. C’est pour cela que nous
avons fait une différence entre la logique de la découverte et la logique
de la présentation. Quand on est
dans le processus de réflexion en vue de la recherche, on passe constamment
d’une étape à l’autre, on revient sur une étape précédente, en tentant de
mettre de l’ordre dans tout cela : de la problématique à la revue de la
littérature, au sujet de recherche ou à la question de recherche, avec des
retours et des va-et-vient. Le processus de réflexion est une étape qui n’est
pas exempte d’anxiété et d’incertitude. Et ensuite on met de l’ordre dans tout
cela et on présente une problématique et une revue de la littérature bien
structurées. Mais cette structuration vient après coup, durant le travail
d’élaboration. Elle n’est pas sous-jacente au départ. Dans la perspective
présentée ici, le développement de la problématique viendrait d’abord avec
quelques renvois à la littérature, et aboutira à la question spécifique de
recherche. Ensuite la revue de littérature proprement dite se fera à partir de
cette question spécifique de recherche. Cet ordre n’est pas absolu, et toute
présentation qui suit une logique claire serait acceptable.
Bien évidemment, la revue de littérature doit
comporter la bibliographie des ouvrages auxquels vous vous êtes référé.
Utilisez les normes de présentation des travaux qui sont spécifiées sur le site
du département de sociologie, ou encore les normes suggérées par la bibliothèque.
Quelquefois, on présente dans un projet des hypothèses de recherche. Ce sont des
réponses à la question de recherche que l’on propose : on pourrait avoir de bonnes raisons de penser
qu’elles sont valables, mais on n’a pas de preuves de la validité de ces
réponses dans le contexte spécifique de la recherche proposée. La recherche
consistera à aller chercher ces preuves, avec deux résultats possibles :
soit que les hypothèses sont confirmées, soit qu’elles sont rejetées, à la
lumière des résultats empiriques que l’on aura trouvés. Par exemple, si
certaines recherches faites dans une localité géographique ou dans un milieu
social donné ont montré que la variable X est en lien avec la variable Y, vous
pourriez poser comme hypothèse que ceci est aussi vrai pour le milieu dans
lequel votre recherche est effectuée, en prenant en considération que ce milieu
est différent et que cette hypothèse pourrait ne pas tenir. La recherche consistera
donc à vérifier si cette même hypothèse se trouve vérifiée ou au contraire invalidée.
Mais il n’est pas vrai que toutes les recherches se
situent dans ce modèle empirique de recherche. Pour certaines recherches, on
n’est pas en mesure de proposer des hypothèses : on va interroger la façon
dont le groupe social étudié se représente une question, ou se comporte dans
certaines circonstances, sans avoir d’hypothèses de recherche spécifiques à
vérifier. Dans un projet de recherche, vous devez indiquer si vous avez des
hypothèses spécifiques à démontrer, ou si vous partez simplement d’une question
pour laquelle vous cherchez des réponses, sans faire des suppositions sur ce
que ces réponses pourraient être.
Certains chercheurs font la distinction entre hypothèses
de recherche et hypothèses de travail. La différence
est la suivante : une hypothèse de travail est moins formelle. Ce n’est
pas cela que vous voulez prouver. C’est juste une supposition temporaire qui va
vous permettre d’organiser votre travail et l’interprétation de vos données. Si
en cours de route, vous devez la remettre en question, cela ne pose aucun problème.
Si vous vous apercevez que votre hypothèse n’est pas efficace pour orienter
votre travail, vous la modifiez, sans remettre en cause l’orientation générale
de votre recherche. En général, une hypothèse de travail se développe en cours
de route, quand on a une partie des données, et c’est une tentative de lecture
analytique de ces données.
Il ne faut pas confondre non plus une hypothèse de
recherche et une prémisse. La prémisse, c’est soit une hypothèse, soit un fait
établi, mais ce n’est pas ce que vous voulez prouver. C’est comme une idée, ou
un fait que vous prenez pour acquis afin d’entamer votre recherche, et vous ne
vous souciez pas dans le cadre de cette recherche de démontrer sa validité.
Évidemment, s’il s’avère par la suite que cette prémisse était trop hasardeuse,
ou même fausse, cela pourrait remettre en question les résultats de votre
recherche.
Maintenant que l’objet de recherche, la
problématique, la question de recherche, la revue de littérature et le cadre
théorique ont été déterminés, vous devez établir la ‘stratégie de la preuve’,
c'est-à-dire la façon dont on va s’y
prendre pour vérifier nos hypothèses quand il y en a (d’où cette idée de
preuve) ou pour répondre à nos questions de recherche. Dans le cas d’une
recherche empirique, la stratégie de la preuve est centrée autour de la
collecte de données et de leur analyse. En effet, c’est bien en fonction de ce
qu’on veut prouver que l’on détermine le type de données recherchées, la façon
de les trouver, et la façon de les analyser. Ces données peuvent être des
données sociodémographiques, des opinions, des comportements observés, des données
administratives, ou encore des
statistiques agrégées, et on pourrait allonger la liste. Tout ce qui est
observable et qui est pertinent pour la recherche est susceptible de constituer
des données à analyser. Quand il s’agit d’une recherche théorique, la démarche
est un peu moins codifiée, mais il faut quand même la planifier : définir
le corpus de textes ou de documents qu’on va analyser, et l’angle sous lequel
on va les analyser, ainsi que la méthode concrète qui sera utilisée (analyse de
discours ? analyse textuelle informatisée ? autre ?).
Le terme ‘stratégie de la preuve’ a des connotations
positivistes qu’il faut questionner. C’est un bon raccourci linguistique, mais
il faut bien se dire que les recherches les plus intéressantes ne cherchent pas
toujours à prouver quelque chose, mais souvent à identifier des processus ou à
décrire des phénomènes complexes, par exemple. Il ne s’agit donc pas de preuves.
Mais il y a bien une stratégie d’observation, terme que
je trouve préférable.
Dans cette section, vous allez donc spécifier la
façon concrète dont vous allez vous y prendre pour ramasser vos observations,
en précisant la nature de ces observations, la façon de les collecter, et la façon
de les traiter. Ceci signifie, en
particulier, que vous allez décrire votre méthode spécifique, qui pourrait être
qualitative ou quantitative, que vous devrez parler de l’échantillon, de sa
taille, en précisant comment il va être constitué, à partir de quelle
population, et par quelle méthode.
Quatre termes sont souvent utilisés pour spécifier
les observations que l’on compte faire : matériau, univers d’analyse, population et échantillon.
Les définitions suivantes vous seront utiles :
Matériau. C’est le type d’objets qui vont constituer la matière première de
votre analyse. Le matériau peut être constitué de certaines données
quantitatives spécifiques que vous allez chercher, de questionnaires remplis,
de documents administratifs, de comportements, de situations à observer, de
textes d’un auteur ou de plusieurs (si votre thèse est théorique), etc. Bref,
c’est la partie de la réalité observée que vous allez analyser.
Univers
d’analyse : Il s’agit de l’ensemble des objets
que l’on prend en considération dans la recherche, et auxquels on se réfère.
C’est en quelque sorte une population plus large que celle que nous allons
considérer. C’est réellement l’ensemble d’objets le plus large possible, auquel
on souhaiterait généraliser nos résultats : mais il s’agit alors d’une
généralisation qualitative, dans les grandes lignes, et qui aura plus un statut
d’hypothèse à vérifier que de conclusion ferme, et quantifiée. La population
doit être bien déterminée et accessible, car c’est dans cette population que
nous allons choisir notre échantillon. Alors que l’univers d’analyse est moins
bien déterminé : on n’en a pas une liste exhaustive. Le passage suivant,
tiré de la revue Champ pénal,
illustre la façon dont le terme univers d’analyse est utilisé :
Les auteurs
ayant examiné les facteurs de la baisse aux États-Unis se sont pour la plupart
concentrés sur le seul crime d'homicide. Or, le fait de se limiter à une forme
de violence, en excluant des crimes comme l'agression sexuelle ou moins sérieux
comme le vol de véhicule ou le cambriolage, enferme les chercheurs dans un univers d'analyse trop restreint, ce qui
procure à certaines variables (armes à feu, drogues) un rôle exagéré. (Marc
Ouimet, « Oh, Canada ! La baisse de la criminalité au Canada et aux
États-Unis entre 1991 et 2002 », Champ
pénal, Vol I, mars 2004).
Ici on voit que l’univers d’analyse est un certain
type de crimes, commis n’importe où, n’importe quand, ce qui explique pourquoi
ce n’est pas une population bien déterminée dont on tire un échantillon.
Population. C’est la liste complète des objets qui constituent vos unités
d’analyse, et dans laquelle vous allez choisir votre échantillon. Si vous
étudiez les attitudes des personnes immigrées à Montréal, votre population est
l’ensemble de toutes ces personnes. Vous devez spécifier les conditions
précises qui font qu’une personne est dans la population. Si vous étudiez la
façon dont les diverses écoles gèrent la diversité culturelle, votre population
est constituée d’écoles (de quelle région ? de quel niveau ? privées,
publiques ou les deux ? etc.), et l’unité de base qui constitue la population, c’est l’école. Vous
voyez qu’une population n’est pas nécessairement faite d’êtres humains.
Échantillon. C’est une portion de la population. Si vous souhaitez généraliser
vos résultats à la population, il vaut mieux vous arranger pour que votre
échantillon soit représentatif.
Pour ceux qui souhaiteraient se rafraîchir la mémoire
sur ces questions, le site de statistiques Canada contient un excellent résumé.
Consultez-le au :
Ces termes seront utiles pour présenter votre
‘stratégie de la preuve’ quand il s’agit d’une recherche quantitative. Le texte de Pires du recueil du cours constitue
une excellente discussion de l’échantillon quand il s’agit d’une recherche
qualitative.
Pour certaines analyses, le matériau à utiliser est
constitué par des documents, plutôt que par des données quantitatives. Ici, la
méthode est celle de l’analyse de contenu (ou de méthodes connexes spécifiques
aux analyses de textes) et on parle de corpus plutôt que d’échantillon, qui
est l’ensemble des textes que vous allez soumettre à l’analyse.
Fin du texte